{"id":606,"date":"2019-08-26T10:17:41","date_gmt":"2019-08-26T10:17:41","guid":{"rendered":"https:\/\/toto.denisgodefroy.fr\/?p=606"},"modified":"2019-08-27T12:33:51","modified_gmt":"2019-08-27T12:33:51","slug":"denis-godefroy-peintre-de-la-nature-evanescente-dessinateur-de-lantefigure-et-de-lelementaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/denis-godefroy-peintre-de-la-nature-evanescente-dessinateur-de-lantefigure-et-de-lelementaire","title":{"rendered":"Denis Godefroy, peintre de la nature \u00e9vanescente, dessinateur de l\u2019ant\u00e9figure et de l\u2019\u00e9l\u00e9mentaire\u2026"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Celui qui aurait \u00e0 \u00e9crire l\u2019histoire du paysage se trouverait tout d\u2019abord livr\u00e9 sans recours \u00e0 des impressions \u00e9trang\u00e8res, lointaines, insaisissables. Nous avons l\u2019habitude de compter avec des formes, et le paysage n\u2019a pas de forme\u00a0: nous avons l\u2019habitude d\u2019interpr\u00e9ter les mouvements comme des actes de volont\u00e9 et le paysage ne veut rien lorsqu\u2019il se meut. Et dans le vent qui bruit, dans les cimes des vieux arbres, les jeunes for\u00eats croissent vers un avenir que nous ne vivrons pas.\u00a0\u00bb <strong>Rainer Maria Rilke<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u0153uvre de Denis Godefroy date publiquement de 1975 avec sa premi\u00e8re exposition personnelle \u00e0 la galerie de l\u2019Estuaire \u00e0 Honfleur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette \u0153uvre qui couvre presque le dernier quart du XXe si\u00e8cle va s\u2019\u00e9manciper des formes esth\u00e9tiques dominantes qui occupent la sc\u00e8ne artistique nationale et internationale de cette p\u00e9riode.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s 1981, avec la <em>S\u00e9rie noire<\/em> puis les <em>Minoirs<\/em> de 1983, il rompt avec les codes figuratifs et esth\u00e9tiques de la figuration analytique pour entrer dans sa singularit\u00e9 de peintre et se fixer solidement dans une logique de plus en plus \u00ab\u00a0peinture\u00a0\u00bb en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 certains \u00e9gards aux traits formels d\u2019une tradition picturale du paysage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce parcours \u00ab\u00a0atypique\u00a0\u00bb qui va prendre en charge cette tradition picturale, d\u2019autres l\u2019effectueront comme lui en sachant que le sujet v\u00e9ritable de ces peintures ne sera pas le paysage pour lui-m\u00eame ou comme genre, ni la nature comme repr\u00e9sentation. Nous pouvons citer au passage quelques noms comme Tal-Coat, Olivier Debr\u00e9, Joan Mitchell, Christian Sorg\u2026 sachant aussi que cette r\u00e9f\u00e9rence au paysage va r\u00e9activer des enjeux fondamentaux de l\u2019acte de peindre et produire de nouveaux sens \u00e0 la langue picturale. En ce qui concerne Denis Godefroy, il s\u2019agira de reformuler une \u00e9vidence, celle d\u2019une exp\u00e9rience de l\u2019\u00eatre, un \u00eatre au monde avant sa naissance et que cette vie pr\u00e9natale peut toujours advenir \u00e0 travers l\u2019\u00e9motion premi\u00e8re dans un jeu complexe entre le regard et l\u2019ou\u00efe. Cette \u0153uvre qui demande l\u2019humilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9conciliation profonde avec son \u00eatre de nature n\u2019est compr\u00e9hensible qu\u2019\u00e0 partir d\u2019une m\u00e9lancolie du regard qui ne sera pas sans affinit\u00e9 avec une nostalgie de l\u2019ou\u00efe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La puissance du visible manifest\u00e9e par Denis Godefroy perce un audible et une musicalit\u00e9 que sa peinture mat\u00e9rialise avec des configurations du rythme de la r\u00e9flexion et de la transparence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans de nombreux paysages hollandais, un sentier dirige le regard du premier plan vers la mi-distance d\u00e9finie par une rivi\u00e8re horizontale. La ville, derri\u00e8re la rivi\u00e8re, est construite selon les principes du parall\u00e9lisme des horizontales et des verticales. Le ciel, loin d\u2019ouvrir l\u2019espace \u00e0 l\u2019infini, va en fermer la construction par une s\u00e9rie de bandes de nuages horizontales qui r\u00e9p\u00e8tent la ligne de construction formelle de terrasse et de mi-distance. Les <em>Petits paysages blancs<\/em> de Godefroy de 1978, la <em>S\u00e9rie noire<\/em> de 1981 et les <em>Minoirs<\/em> de 1983 n\u2019appartiennent pas \u00e0 cette logique de construction ni \u00e0 cette tradition du paysage que sont ces vues terrestres ou portraits de la nature. Les paysages de Godefroy rel\u00e8vent d\u2019un autre h\u00e9ritage. Le premier est de Constable. Godefroy assurera la rel\u00e8ve moderne de cette probl\u00e9matique. Si le ciel dans la tradition picturale n\u2019\u00e9tait qu\u2019un fond, le corr\u00e9lat incontournable de la repr\u00e9sentation d\u2019une vue terrestre, chez ce peintre anglais, c\u2019est au ciel en tant que tel, aux ph\u00e9nom\u00e8nes m\u00e9t\u00e9orologiques de la formation n\u00e9buleuse que se porteront son int\u00e9r\u00eat et ses observations. Non pas seulement la formation mais aussi la fa\u00e7on font la n\u00e9buleuse se forme, se d\u00e9forme et dispara\u00eet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le <em>chiaroscuro<\/em>, qui a peu \u00e0 voir avec la notion classique de clair-obscur, correspond \u00e0 la d\u00e9sid\u00e9alisation du paysage. Chez Constable, c\u2019est le moment qui passe, saisi dans son passage. La nature est essentiellement l\u2019oscillation du pr\u00e9sent ph\u00e9nom\u00e9nal\u00a0; ce que doit capter une peinture qui n\u2019est plus une plate repr\u00e9sentation du seul entendement, c\u2019est l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019absence d\u2019immobilit\u00e9 qui est le m\u00e9dium de l\u2019art. Pour Constable, l\u2019accomplissement le plus significatif de cette sensibilit\u00e9 au tremblement et \u00e0 l\u2019oscillation du mouvement dans la nature, c\u2019est la n\u00e9bulosit\u00e9, les ph\u00e9nom\u00e8nes atmosph\u00e9riques. Le nuage est par excellence une figure instable, le ph\u00e9nom\u00e8ne o\u00f9 toute figure repr\u00e9sent\u00e9e est l\u2019instabilit\u00e9 m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La s\u00e9rie des <em>Minoirs<\/em> qui se compose de quinze toiles de deux m\u00e8tres de long chacune, formera \u00e0 hauteur d\u2019horizon une bande m\u00e9diane de trente m\u00e8tres de long au total o\u00f9 se disposera la p\u00e2te color\u00e9e dont les propos seront le paysage. De part et d\u2019autre de cette bande, des surfaces de graphite profondes et miroit\u00e9es donneront l\u2019aplat de la surface peinte et simultan\u00e9ment seront traduites comme des suites \u00e0 l\u2019infini des moments changeants et qui passent. Ce <em>chiaroscuro<\/em> propre \u00e0 Godefroy, donn\u00e9e par le filtre de la r\u00e9flexion et de la transparence, se combine \u00e0 la diffusabilit\u00e9 de la lumi\u00e8re pour conduire \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019insaisissable. Cette autre nature dans ce jeu esth\u00e9tique aura \u00e0 voir avec le sublime terrible, une sublimit\u00e9 de la lumi\u00e8re dans l\u2019\u00e9preuve du Lumen-Numen, luminosit\u00e9 inqui\u00e9tante et vulcaine (1).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les <em>Minoirs<\/em>, Denis Godefroy va radicaliser les termes dans cette esth\u00e9tique o\u00f9 le paysage est amen\u00e9 \u00e0 un sch\u00e8me pictural proche du concept.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 Turner que Denis Godefroy prendra le second h\u00e9ritage, la probl\u00e9matique de la diffusabilit\u00e9 de la lumi\u00e8re et la dissolution du paysage dans la paysag\u00e9it\u00e9. Godefroy avait beaucoup travaill\u00e9 sur l\u2019\u0153uvre de Turner, particuli\u00e8rement sur les aquarelles du peintre anglais. C\u2019est avec Turner que la lumi\u00e8re devient atmosph\u00e9rique, il s\u2019int\u00e9resse comme Constable aux ph\u00e9nom\u00e8nes atmosph\u00e9riques non pas au nuage mais \u00e0 la lumi\u00e8re en tant qu\u2019elle est diffuse et qu\u2019\u00e0 ce titre, elle dissout les formes et les contours des formes dans un ph\u00e9nom\u00e8ne impalpable et invisible. Dans un rien, ce sera l\u2019image du rien ou la peinture du rien (2).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette filiation historique de Turner \u00e0 Claude Lorrain chez lequel la lumi\u00e8re devient le contenu et le principe organisateur de toute la paysag\u00e9it\u00e9, le tableau est directement unifi\u00e9 par la lumi\u00e8re et non plus par un r\u00e9cit, Turner, contrairement \u00e0 Claude Lorrain et \u00e0 son contemporain Consable, va dissoudre le paysage dans le ph\u00e9nom\u00e8ne atmosph\u00e9rique. C\u2019est une instabilit\u00e9 d\u2019une autre nature diff\u00e9rente de l\u2019instabilit\u00e9 de la probl\u00e9matique de Constable puisque Turner parvient au m\u00eame but par d\u2019autres voies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Turner ne repr\u00e9sente \u00ab\u00a0pas tant les objets de la nature que le m\u00e9dium \u00e0 travers lequel ils sont vus\u00a0\u00bb. C\u2019est \u00ab\u00a0le retour \u00e0 un flux originel qui nie l\u2019identit\u00e9 distincte des choses\u00a0\u00bb (3).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Turner, sa subordination aux qualit\u00e9s intrins\u00e8ques de la mati\u00e8re picturale semble s\u2019\u00eatre prolong\u00e9e jusque dans l\u2019acte de peintre, comme s\u2019il lui fallait exposer une action en m\u00eame temps qu\u2019une toile (4). Cette probl\u00e9matique picturale vis-\u00e0-vis du sujet ou du motif, cette volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de l\u2019engagement chromatique par Godefroy, va d\u00e9ferler \u00e0 partir de 1984 avec la magnifique s\u00e9rie <em>Nouvelles vagues<\/em>, se poursuivra avec la <em>Grande s\u00e9rie<\/em> et <em>Peintures<\/em> de 1985 pour envahir toute la surface de la toile et les peintures sur papier\u00a0; cette dissolution du paysage comme figuration aura pour cons\u00e9quence d\u2019extraire le ph\u00e9nom\u00e8ne ou la structure paysag\u00e8re sous-jacente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si avec Constable et Turner on sort du paysage comme art figuratif pour entrer dans une peinture de la paysag\u00e9it\u00e9 abstraite qui s\u2019oppose \u00e0 la figure, Godefroy appartient alors, comme double h\u00e9ritier, \u00e0 cette tradition du paysage non figuratif. La r\u00e9f\u00e9rence au paysage et au sentiment de la paysag\u00e9it\u00e9 qui historiquement transite par le truchement de la peinture et o\u00f9 toute appr\u00e9hension de la valeur paysag\u00e8re d\u2019un lieu sera contrainte par une information esth\u00e9tique du regard, lequel pourra ainsi \u00ab\u00a0sch\u00e9matiser\u00a0\u00bb cette valeur et sera enti\u00e8rement mesur\u00e9e \u00e0 la norme esth\u00e9tique de la culture picturale, Godefroy en continue avec perspicacit\u00e9 l\u2019affirmation et son \u00e9volution moderne <em>a contrario<\/em> des esth\u00e9tiques normatives du XXe si\u00e8cle finissant auquel il appartient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il r\u00e9affirme avec force et talent la question de la visibilit\u00e9 o\u00f9 le monde se donne \u00e0 voir, <em>S\u00e9rie noire<\/em>, <em>Nouvelles vagues<\/em>, <em>La Grande s\u00e9rie<\/em>, <em>Peintures<\/em>, <em>Petits dessins<\/em>, <em>Nuits d\u2019\u00e9bauche<\/em>, <em>Fou d\u2019enfer<\/em>, <em>Boucliers<\/em>\u2026 seront autant de variations de th\u00e8me de la paysag\u00e9it\u00e9, actualisation de cette ph\u00e9nom\u00e9nologie de la visibilit\u00e9 du monde en prenant \u00e0 son compte ces affaires de g\u00e9nie de la tradition. Denis Godefroy apporte sa part enti\u00e8re \u00ab\u00a0maudite\u00a0\u00bb digne de ces singuliers de l\u2019art, au-del\u00e0 d\u2019un Constable et d\u2019un Turner, avec un dernier \u00e9l\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00e9difice de cette structure paysag\u00e8re, \u00e0 savoir la nature \u00e9vanescente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019abstraction de Denis Godefroy rel\u00e8ve aussi d\u2019une autre tradition par son art de faire des partitions dans la toile, en coupant et distribuant le champ pictural d\u2019une fa\u00e7on particuli\u00e8re qui rappelle \u00e9trangement le \u00ab\u00a0parti\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9cu dans l\u2019art h\u00e9raldique. A ce titre, il est profond\u00e9ment ancr\u00e9 dans la tradition d\u2019une abstraction beaucoup plus myst\u00e9rieuse et ancienne, particuli\u00e8re \u00e0 la culture visuelle de la Normandie, terre de haute tradition h\u00e9raldique, et on peut consid\u00e9rer \u00e0 maints \u00e9gards l\u2019art h\u00e9raldique comme une premi\u00e8re efflorescence majeure de l\u2019abstraction dans les arts visuels. La s\u00e9rie de 1991 \u00e0 1992 qui s\u2019appelle non pas par hasard les <em>Boucliers<\/em>, en sera une figure forte d\u2019exposition tardive mais non moins pr\u00e9gnante dans toute son \u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plus, cette magnifique s\u00e9rie fait appara\u00eetre avec force la dimension de \u00ab\u00a0transparence\u00a0\u00bb, probl\u00e9matique aigu\u00eb et constante dans toutes les peintures de Godefroy. Les <em>Boucliers<\/em> (comme les <em>Minoirs<\/em>) incarnent cette dimension que suppose tout \u00ab\u00a0milieu\u00a0\u00bb en tant qu\u2019espace logique o\u00f9 les choses adviennent dans quelque ordre sensible que ce soit. Ces peintures, dans les <em>Boucliers<\/em>, concernent directement l\u2019\u0153il et le regard d\u2019abord, plut\u00f4t que leur objet. Cette transparence infra-chromatique qui s\u2019y manifeste dans le sens aristot\u00e9licien du \u00ab\u00a0diaphane\u00a0\u00bb rejoint par-del\u00e0 l\u2019objet propre de la vision (la couleur) la visibilit\u00e9 elle-m\u00eame invisible du visible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ayant annul\u00e9 le visible en soit (objet propre \u00e0 la vue), ces peintures nous donnent en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0voir\u00a0\u00bb les configurations du rythme avant toute couleur et avant toute image.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est peut-\u00eatre avec les <em>Boucliers<\/em> que nous d\u00e9couvrons la v\u00e9ritable activit\u00e9 de l\u2019art de Godefroy, en tant qu\u2019op\u00e9ration artistique, il serait le dessinateur au moyen de la peinture des fronti\u00e8res et des partitions musicales du visible (5).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du point de vue de la tradition culturelle visuelle d\u2019un Normand, une autre source lointaine est la question du champ color\u00e9 dans les voiles du nautisme, dans la culture du gr\u00e9ement des bateaux avec les \u00e9claboussures de peinture telles les \u00e9claboussures de la houle et des embruns marins sur les voiles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il arrive certes que Godefroy partage sa toile suivant une division verticale ou que son format r\u00e8gle la totalit\u00e9 de sa composition (le format est de premi\u00e8re importance chez ce peintre), mais le plus souvent, il marque une partition horizontale qui sch\u00e9matise et th\u00e9matise l\u2019horizon selon une structure fondamentale qui est le paysage marin. L\u00e0 encore, on retrouve une culture visuelle propre \u00e0 cette r\u00e9gion c\u00f4ti\u00e8re, la Normandie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est pas par hasard que Godefroy int\u00e8gre d\u2019une fa\u00e7on privil\u00e9gi\u00e9e dans la partie proprement lyrique de son abstraction, la figure dynamique de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9claboussure\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0l\u2019explosion\u00a0\u00bb de la vague, <em>Nouvelles vagues<\/em> qui se brise et explose contre un rocher. On voit ici encore l\u2019impr\u00e9gnation de la vision de la c\u00f4te et de la mer dans l\u2019art de Denis Godefroy. Il est \u00e0 souligner que les frondaisons des arbres surtout visibles dans ses dessins \u00e0 la mine de plomb, ses <em>Peintures<\/em>, <em>Petits dessins<\/em>, <em>Nuits d\u2019\u00e9bauche<\/em> ou <em>Fou d\u2019enfer<\/em>, de 1985 \u00e0 1987 sont autant de jeux et m\u00e9taphores de cette marine et figures arbor\u00e9es de m\u00e2ts, voilures de bateaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On trouve donc dans son abstraction, m\u00eal\u00e9s d\u2019une fa\u00e7on intime, aussi bien un aspect statique et g\u00e9om\u00e9trique, qu\u2019un aspect dynamique expressionniste et lyrique. C\u2019est que le sch\u00e8me nautique comprend bien aussi bien l\u2019horizon que la d\u00e9ferlante de la vague qui \u00e9clate. Avec cette submersion du sch\u00e8me marin, on peut dire que le spectateur de cette peinture acc\u00e8de \u00e0 tous les temps de la travers\u00e9e de l\u2019\u00e9l\u00e9ment fluide qu\u2019est la mer. C\u2019est une peinture par gros temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La palette des couleurs de Godefroy ressuscite non pas le bleu m\u00e9diterran\u00e9en de Matisse ou de C\u00e9zanne, mais les tonalit\u00e9s sombres de l\u2019Atlantique par gros temps couvert, blanc \u00e9cumant et bouillonnant. On peut dire \u00e0 ce stade, dans la probl\u00e9matique de Godefroy que la capture des ph\u00e9nom\u00e8nes sensibles se rapproche des structures dynamiques d\u00e9crites par Peter Stivens (6) de l\u2019explosion. C\u2019est la nature m\u00eame (les plantes par exemple sont des explosions lentes \u2013 les \u00e9chelles infravisibles comme l\u2019explosion des nuages chez Constable \u2013 les explosions de lumi\u00e8re chez Turner\u2026).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut dire aussi chez Godefroy que les diff\u00e9rentes \u00e9chelles de la visibilit\u00e9 des choses se confondent dans une m\u00eame vision de nature, les \u00e9chelles et les proportions dont les \u00e9l\u00e9ments dynamiques et explosifs sont dans un jeu d\u2019inversion et d\u2019enveloppement r\u00e9ciproques. La mar\u00e9e noire des <em>Minoirs<\/em> ou des <em>Fous d\u2019enfer<\/em> nous jette dans un effroi spectaculaire qui fraye sa voie par-del\u00e0 le visible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous trouverons aussi chez Godefroy la question du rivage avec la probl\u00e9matique de la limite et de l\u2019interface du chaos primitif des quatre \u00e9l\u00e9ments. La stabilit\u00e9 c\u2019est la dissociation des autres \u00e9l\u00e9ments\u00a0: l\u2019eau, l\u2019air, la terre et le feu. Le feu aquatique, la flamme de l\u2019eau, l\u2019acte de s\u00e9paration par la terre ou le m\u00e9lange de la terre, du ciel et de l\u2019eau, c\u2019est le rivage. Rapport entre le sec et l\u2019humide, Godefroy serait le dessinateur aussi bien de la turbulence que de la s\u00e9paration. Quand la mer est \u00e9tale, la mer devient ciel par reflet, par miroir, par <em>minoirs<\/em>\u00a0; c\u2019est alors une s\u00e9paration pour le calme et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Il y aurait une lecture <em>herm\u00e9tiste<\/em> de Godefroy \u00e0 faire un jour tr\u00e8s s\u00e9rieusement avec toute la symbolique des figures tr\u00e8s r\u00e9p\u00e9titives mises en jeu dans son \u0153uvre jusqu\u2019aux <em>Ang\u00e9liques<\/em> de 1993, marbres et cartons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Denis Godefroy nous renvoie \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une premi\u00e8re naissance en nous plongeant dans un bain thalassique, primitif, qui est simultan\u00e9ment atlantique et amniotique. Son rapport physique \u00e0 la toile nous fait penser \u00e0 une confrontation primitive, \u00e0 une membrane originelle, \u00e0 une peau\u00a0; comme s\u2019il luttait pour sortir d\u2019un \u00ab\u00a0moi-peau\u00a0\u00bb qui l\u2019engluerait dans ce monde primaire, camisole collante de peinture et de toile, v\u00e9ritable mur de pigments, amas de couleur, limite interne de la fondation de l\u2019\u00eatre en tant qu\u2019\u00eatre de nature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est une esth\u00e9tique du non fini de l\u2019horizon ind\u00e9fini, ind\u00e9passable du paysage marin, esth\u00e9tique proche de l\u2019esth\u00e9tique romantique allemande d\u2019un Caspar David Friedrich. C\u2019est une nostalgie de l\u2019infini impossible \u00e0 atteindre parce que hors de port\u00e9e de la c\u00f4te, du rivage o\u00f9 l\u2019on se trouve coll\u00e9, <em>un bord de mer<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais \u00e0 la diff\u00e9rence de la peinture romantique allemande, la \u00ab\u00a0sehnsucht\u00a0\u00bb du lointain et de la profondeur qui est un art de la vision du regard port\u00e9 au lointain, l\u2019art de Denis Godefroy est plut\u00f4t celui de l\u2019art du tactile, du palpable, de la confrontation mat\u00e9rielle avec l\u2019obstacle de la toile. Il suffit de voir Godefroy peindre durant ses performances musicales ou sur les photographies le repr\u00e9sentant en \u00ab\u00a0action\u00a0\u00bb de peinture dans son atelier pour sentir et comprendre que nous sommes proches d\u2019une <em>action painting<\/em> \u00e0 la fran\u00e7aise\u00a0; l\u2019artiste aux mains nues se colle contre cette membrane peau qu\u2019est la toile. Godefroy est entre l\u2019\u00e9cu et l\u2019\u00e9cume, sa toile est affaire de membrane vibrante et sonore\u00a0; un r\u00e9ceptacle de pigments chaotiques, un filtre \u00e0 la couleur retenant surtout des tons et des valeurs, une peau \u00e0 laquelle son corps se colle dramatiquement sans pouvoir s\u2019en d\u00e9tacher.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La toile lui colle \u00e0 la peau. Ce n\u2019est pas un \u00eatre au monde s\u00e9par\u00e9 par la distance du regard mais un \u00eatre coll\u00e9 au monde dans un surgissement sauvage qui n\u2019est plus, pas encore, la forme d\u2019un monde mais qui serait de l\u2019ant\u00e9figuratif et de l\u2019\u00e9l\u00e9mentaire de la terre, du ciel et de la mer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Jean-Claude Th\u00e9venin<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em style=\"font-size: inherit;\">\u00ab\u00a0Denis Godefroy (1949-1997)\u00a0\u00bb<\/em><span style=\"font-size: inherit;\">, France, Somogy \u00c9ditions d\u2019Art, 2003, p.23.<\/span><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><u>Notes <\/u><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1 &#8211; Jean-Claude Th\u00e9venin, \u00ab\u00a0Les couleurs du noir et l\u2019esth\u00e9tique du sublime chez Godefroy\u00a0\u00bb, <em>Nuits d\u2019\u00e9bauche<\/em>, Rouen, \u00c9ditions Moreau, octobre 1986.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2 &#8211; Lawrence Gowing, \u00ab\u00a0<em>Turner, peindre le rien<\/em>\u00a0\u00bb, Paris, \u00c9ditions Macula, 1994.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3 &#8211; William Hazlitt, \u00ab\u00a0On imitation\u00a0\u00bb, in Lawrence Gowing, <em>op. cit.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">4 &#8211; <em>Ibid<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">5 &#8211; Jean-Claude Th\u00e9venin, \u00ab\u00a0A propos des <em>Boucliers<\/em> de Denis Godefroy, D\u00e9partir la vision\u00a0\u00bb, petit catalogue de l\u2019exposition \u00ab\u00a0Les Boucliers\u00a0\u00bb de Denis Godefroy, Paris, Galerie Lise et Henri de Menthon, novembre 1992.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">6 &#8211; Peter S. Stivens, <em>Les Formes dans la nature<\/em>, Paris, \u00c9ditions du Seuil \/ Science ouverte, 1978.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":254,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-606","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-textes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/606","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=606"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/606\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":608,"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/606\/revisions\/608"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/254"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=606"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=606"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=606"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}