{"id":628,"date":"2019-08-26T12:11:07","date_gmt":"2019-08-26T12:11:07","guid":{"rendered":"https:\/\/toto.denisgodefroy.fr\/?p=628"},"modified":"2019-08-27T12:32:09","modified_gmt":"2019-08-27T12:32:09","slug":"dans-latelier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/dans-latelier","title":{"rendered":"Dans l&rsquo;atelier"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Denis \u00e9tait un homme pas tr\u00e8s grand, trapu, \u00e0 la carrure de rugbyman.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il regardait les gens bien en face, de ses yeux bleus. <em>Deep in the eyes<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019\u00e9tait chez lui une attitude g\u00e9n\u00e9rale, que de regarder, d\u2019affronter le monde. Le regarder en peintre, non pas en le recouvrant du vernis de l\u2019esth\u00e9tisme, mais en soutenant le monde du regard, en soutenant le regard du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Denis regardait en face les \u00eatres, les paysages, le sexe et la mort, au risque de sa qui\u00e9tude certainement. Ce regard \u00e9tait sa mani\u00e8re d\u2019examiner l\u2019impensable, d\u2019affronter l\u2019injustice, de secourir les mal en point. Il allait chercher les gens derri\u00e8re leurs silences et se montrait attentif, compr\u00e9hensif, g\u00e9n\u00e9reux. De la m\u00eame fa\u00e7on, il allait certainement chercher le paysage derri\u00e8re son opacit\u00e9, derri\u00e8re tout ce qu\u2019on sait de lui et qui nous emp\u00eache de le regarder.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aller \u00e0 l\u2019atelier, c\u2019\u00e9tait donc autant, pour beaucoup de nous, \u00e9tudier la peinture que chercher une conduite et une \u00e9thique de vie, faire l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une humanit\u00e9 lucide, intelligente, courageuse et, si je puis dire, mis\u00e9ricordieuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y avait constamment \u00e0 l\u2019atelier des discussions entre Denis et Jean-Pierre Bourquin ou des visiteurs, sur la diff\u00e9rence entre art et artisanat, sur l\u2019engagement existentiel, politique et spirituel de l\u2019artiste, sur le r\u00f4le et l\u2019oubli de la technique, sur une certaine mystique de la peinture, du paysage. Denis en revanche \u00e9vitait syst\u00e9matiquement tout discours sur les strat\u00e9gies artistiques. Cela ne l\u2019int\u00e9ressait pas. Il regardait n\u00e9gligemment les artistes \u00e0 la mode.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me souviens de la tristesse qui l\u2019affecta \u00e0 la mort de G\u00e9rard Gasiorowski, et de l\u2019admiration qu\u2019il portait \u00e0 Jo\u00ebl Kermarrec, qu\u2019il consid\u00e9rait comme un ma\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il pensait beaucoup \u00e0 la peinture et peu \u00e0 la carri\u00e8re, sinon \u00e0 celle de ses \u00e9l\u00e8ves et de ses amis, qu\u2019il soutenait autant qu\u2019il le pouvait.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La le\u00e7on de peinture<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Denis nous faisait travailler sur des grands formats, des rectangles, des cercles, des carr\u00e9s. Il nous pr\u00e9parait des compositions myst\u00e9rieuses, avec des drap\u00e9s, des oiseaux morts, des objets trouv\u00e9s, des v\u00e9g\u00e9taux. Il nous rendait attentifs \u00e0 la gestuelle, aux mani\u00e8res de tenir son pinceau, \u00e0 la vitesse d\u2019ex\u00e9cution, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019attaquer un sujet en le conqu\u00e9rant \u00e0 partir d\u2019un point ou en le cernant de toutes parts dans la feuille. Il nous apprenait \u00e0 regarder longuement l\u2019\u0153uvre en train de se faire, \u00e0 distance. Il nous rendait sensibles aux cadres et pensait que la surface sur laquelle nous travaillions \u00e9tait, non une totalit\u00e9, mais un extrait d\u2019un continuum plus vaste de peinture. Aussi \u00e9tait-ce une jouissance de ne pas arr\u00eater le geste au bord de la feuille mais de le continuer sur les murs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il nous mettait en garde avec humour contre deux \u00ab\u00a0effets\u00a0\u00bb de la peinture\u00a0: l\u2019effet \u00ab\u00a0marie-louise\u00a0\u00bb, qui consiste \u00e0 laisser un cadre blanc entre la peinture et le bord de la feuille\u00a0; et l\u2019effet \u00ab\u00a0raoul\u00a0\u00bb (de Raoul Dufy) qui consiste \u00e0 faire d\u00e9border n\u00e9gligemment la couleur du contour, comme le faisait le grand peintre (normand aussi me semble-t-il). Il nous rendait sensibles au travail des couches en peinture, comment une couleur plac\u00e9e sous une autre lui donne un \u00e9clat particulier, ce qui est tr\u00e8s remarquable dans son travail. Il nous faisait exp\u00e9rimenter divers mat\u00e9riaux, bitumes, acryliques, vinyliques. Il nous parlait du dessin comme des gammes n\u00e9cessaires au musicien, n\u2019\u00e9tant pas loin d\u2019en faire \u00ab\u00a0la probit\u00e9 de l\u2019art\u00a0\u00bb. Absolument pas concern\u00e9 par la repr\u00e9sentation en peinture, il nous a ouvert un chemin je dois dire assez flou, mais \u00e0 partir duquel nous \u00e9tions libres de partir o\u00f9 nous voulions, nous enjoignant seulement de respecter deux choses\u00a0: la qualit\u00e9 technique et la dignit\u00e9 personnelle. C\u2019est du moins ce que j\u2019ai retenu de lui. Ces quelques lignes r\u00e9sument\u2026 faiblement le temps pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Denis et l\u2019importance qu\u2019il a eue dans ma vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Michel Lascault<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Denis Godefroy (1949-1997) \u00bb<\/em>, France, Somogy \u00c9ditions d\u2019Art, 2003, p.168.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":124,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-628","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-textes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/628","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=628"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/628\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":629,"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/628\/revisions\/629"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/124"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=628"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=628"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/denisgodefroy.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=628"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}